Mon fiancé veut me virer

Chapitre 1 : Le Prix d’une Minute de Repos

Clara Dubois, trente ans, Directrice Commerciale chez Varin Consulting, sentait le poids de quarante-huit heures sans sommeil peser sur ses paupières. Son visage, habituellement encadré d’une détermination sereine, était maculé de la fatigue de la bataille. Pourtant, la victoire était douce : elle venait de finaliser deux contrats majeurs en Asie, totalisant 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une somme qui allait assurer à l’entreprise, co-fondée avec son fiancé, Alexandre « Alex » Varin, la place de numéro un du secteur pour l’année.

Elle s’était glissée dans les toilettes du 40e étage, un refuge temporaire, pour s’accorder un répit de quinze minutes, le temps de reprendre pied.

À 17h00, alors qu’elle reprenait son poste, une notification glaciale s’afficha sur son application interne : Amende de 150€. Motif : « Absence prolongée et non-justifiée du poste de travail en zone de repos (toilettes) pendant les heures de service. »

Clara haussa les épaules, trop épuisée pour s’y attarder. Elle paierait le lendemain.

Le lendemain matin, après avoir pointé sa carte magnétique, un mail de l’administration l’attendait. Elle était licenciée pour « non-respect des obligations contractuelles et non-acquittement d’une pénalité disciplinaire dans les délais impartis. »

Sidérée, Clara se dirigea d’un pas rapide vers le bureau d’Alexandre, dont le nom figurait sur la notification d’amende. Elle le trouva discutant avec sa nouvelle assistante, Alice Leroux, une jeune femme aux boucles blondes et aux yeux faussement innocents, fraîchement sortie d’école de commerce.

« Alex, qu’est-ce que ce cirque ? » lança Clara, la voix tremblante de colère et d’incrédulité. « Je vous ramène 20 millions d’euros et vous me virez pour quinze minutes aux toilettes ? »

Alice, sans même attendre qu’Alexandre ne réponde, s’avança avec un sourire suffisant. « Madame Dubois, vous êtes une ancienne cadre. Les règles s’appliquent à tous. Le règlement, que j’ai mis en place la semaine dernière pour l’optimisation des flux, stipule clairement : ‘Une pause toilette ne doit excéder dix minutes. Tout dépassement est considéré comme de la paresse’. Les autres y arrivent, pourquoi pas vous ? »

Alexandre hocha la tête, sans croiser le regard de Clara. « Clara a raison, c’est ridicule, mais… »

« Mais ? » coupa Clara, sentant son cœur se glacer.

« Mais puisque tu es Directrice Commerciale, et ma fiancée, tu dois montrer l’exemple. On doit être sévère avec toi pour que personne d’autre ne conteste le règlement d’Alice. Je ne peux pas casser son autorité. » Il lui tendit un formulaire. « Paie l’amende, et on verra ça… »

« Paie l’amende ? Tu plaisantes ? » cracha Clara.

Elle tourna les talons, le cœur brisé. En passant devant la porte vitrée, elle jeta un dernier coup d’œil dans le bureau. Les ombres d’Alexandre et d’Alice se superposaient déjà, dans un mouvement sans équivoque.

Chapitre 2 : La Main Tendue

Clara décrocha son téléphone et composa le numéro de son rival de toujours, un homme d’affaires élégant et ambitieux qu’elle avait toujours respecté : Jérôme Lenoir, PDG de Lenoir Stratégies.

« Allô, Jérôme ? J’ai deux commandes de 20 millions d’euros à te donner. En échange, je veux un poste. »

Un rire franc lui parvint de l’autre côté. « Clara Dubois ? C’est la bonne nouvelle du jour ! Quel poste ? Et quelle est ta seule exigence, dis-moi. Un jet privé ? Une villa à Saint-Barth ? »

« Non. Votre entreprise a-t-elle des limites de temps pour aller aux toilettes ? »

Jérôme éclata de rire. « Tu te moques de moi, Clara ? Quel illuminé aurait inventé une règle pareille ? »

« Alors, je t’envoie mon CV. Trouve-moi un poste. »

Quelques minutes plus tard, elle reçut un lien. Jérôme lui proposait le poste de Directrice Générale Adjointe.

« DG Adjointe ? Es-tu sûr ? » demanda-t-elle.

« Absolument ! Tu es l’architecte du succès de Varin Consulting. Je t’ai courtisée des dizaines de fois, tu as toujours refusé. Qu’est-ce qui t’arrive ? Une dispute avec le patron ? »

« Quelque chose comme ça, » répondit-elle sèchement. « Ce qui compte, c’est ça : avec mes 20 millions d’euros de contrats, peux-tu battre Alexandre Varin et prendre enfin la première place que tu convoites depuis tant d’années ? »

La voix de Jérôme devint cristalline, vibrante d’une ambition féroce. « Je suis confiant. S’il n’a plus toi, Alexandre Varin n’est rien. Bienvenue à bord, Clara. »

Elle raccrocha. En faisant ses cartons, l’interphone du bureau s’activa. C’était Alice, qui venait de l’entendre parler au téléphone. « Clara, ton portable n’est pas en mode silencieux ! C’est une amende de 200€ ! »

Clara ne répondit pas. Alice sortit furieuse. « Clara ! Tu ne m’entends pas ? Monsieur Varin a été clément en payant ta première amende. Comment peux-tu encore enfreindre les règles ? »

Alexandre arriva. Il s’approcha d’elle et murmura : « Chérie, Alice a des règles. Je ne peux pas la désavouer devant tout le monde. J’ai payé ton amende, reste. »

Clara jeta sa carte d’employée sur le bureau. « Non merci. Si tu ne me vires pas, je démissionne. Je ne travaille plus ici. »

Chapitre 3 : L’Humiliation Publique

De retour chez elle, dans l’appartement qu’ils avaient acheté ensemble à Paris, Clara se prépara un dîner réconfortant. Les clés tournèrent dans la serrure. Alexandre et Alice entrèrent, s’installant à la table comme si de rien n’était.

« C’est mon repas, » dit Clara froidement. « Qu’est-ce que vous faites ici ? »

Alexandre fronça les sourcils. « Tu n’as pas lu mes messages ? » Il avait envoyé une douzaine de SMS, non pas pour s’excuser, mais pour la sermonner et lui demander de s’excuser auprès d’Alice pour l’avoir faite pleurer.

« Alice n’aime pas la coriandre dans le bouillon, » dit-il avec dégoût, pointant le plat. « Tu n’as pas vu ? Il va falloir tout trier. Maintenant, excuse-toi auprès d’Alice, ou notre mariage est terminé. »

Alice intervint, pinçant les lèvres. « C’est vrai. Tes excuses devront être publiques. Je ne peux plus gérer l’équipe si tu te comportes comme ça. »

Clara sourit. Un rire amer. « C’est vrai qu’il y a quelque chose à trier ici. C’est vous deux. Dégagez de mon appartement. Immédiatement. »

Le visage d’Alexandre devint livide. « C’est notre appartement de jeunes mariés ! Tu me mets dehors ? »

« C’est le mien. Tu t’es arrangé pour que le bail ne soit qu’à ton nom, mais c’est moi qui ai versé la mise de fonds de ma part d’héritage. Mon notaire s’en occupe. Dégage. »

Alice, au moment de franchir la porte, se retourna, le menton haut. « Tu crois que c’est fini ? Tu sais qui je connais ? Mon mentor est un célèbre investisseur, M. Sylvain ! Si tu ne me présentes pas des excuses à genoux, je te garantis que sa puissance financière t’écrasera ! »

Alexandre, terrifié, se tourna vers Clara. « Tu entends ? Excuse-toi ! Notre entreprise a besoin de cette connexion ! »

Clara claqua la porte. Derrière elle, le silence s’installa. Elle était seule.

Chapitre 4 : La Vengeance est un Plat Froid

Clara prit ses fonctions chez Lenoir Stratégies en tant que DGA. En l’espace de trois semaines, elle signa un autre contrat de 10 millions, dépassant toutes les attentes de Jérôme.

Un après-midi, en sortant d’une réunion, elle tomba nez à nez avec Alexandre et Alice dans le hall.

« Je sais que tu veux revenir, » lui lança Alexandre, arrogant. « Alice a un nouveau projet pour un grand partenariat régional. Si tu l’aides à signer le contrat, je te réintègre, et on maintient les fiançailles. »

Clara sourit. Le projet d’Alice était un brouillon bâclé d’un de ses anciens projets qu’elle avait jeté à la poubelle six mois plus tôt.

Soudain, Alice, les yeux rivés sur la pochette que tenait Clara, se mit à hurler. « Alex ! Regarde ! C’est mon dossier ! Le projet sur lequel j’ai veillé deux nuits ! Elle l’a volé ! »

Sans la moindre hésitation, sans la moindre question, Alexandre leva la main. La gifle claqua dans le silence du hall. La joue de Clara s’embrasa.

« Clara Dubois, après tout ce que j’ai fait pour toi, tu voles le travail de ma collaboratrice ? Tu me dégoûtes ! » hurla-t-il, devant les employés de Lenoir Stratégies.

Deux vigiles, agissant sur ordre d’Alexandre, l’agrippèrent et la forcèrent à s’agenouiller devant Alice.

« C’est le prix de tes excuses ! » aboya Alexandre.

Clara, les yeux fixés sur lui, refusait de plier. Alice, jubilant, leva son pied et planta le talon aiguille de son escarpin sur le dos de la main de Clara.

« Tu crois qu’une voleuse mérite des excuses ? Tes mains, qui ont volé mon travail, devraient être brisées ! »

Une douleur atroce irradia le bras de Clara. Elle sentit sa peau craquer.

« Je comprends pourquoi ton père a quitté ta mère ! » cracha Alexandre. « La bassesse, c’est de famille ! Notre mariage est fini. Définitivement. »

Clara s’évanouit. Quand elle se réveilla, elle était à l’Hôpital Américain de Paris. Jérôme était assis à son chevet.

Chapitre 5 : Le Jugement

Trois jours plus tard avait lieu le gala annuel de la profession, où serait décerné le prix du « Leader de l’Année ». Clara et Jérôme étaient assis au premier rang. Alexandre et Alice s’approchèrent, dédaigneux.

« Regardez ça, » ricana Alexandre. « L’ex-cadre virée s’acoquine avec l’éternel second. Après avoir volé mon projet, tu t’es vendue au plus offrant ? »

L’animateur commença la cérémonie. Alexandre se leva, s’apprêtant à monter sur scène, sûr de sa victoire.

« Le Leader de l’Année 2025 est… » annonça l’animateur. « Monsieur Jérôme Lenoir, PDG de Lenoir Stratégies ! Qui recevra également l’opportunité d’une rencontre exclusive avec l’investisseur Monsieur Sylvain ! »

Alexandre s’arrêta net. Jérôme se leva, un sourire de triomphe aux lèvres. Il s’approcha d’Alexandre.

« Alexandre, désolé. Grâce au ‘vol’ de ton ‘ex-fiancée’, nous sommes le numéro un. C’est toi qui as jeté ton atout. Écarte-toi, je dois monter chercher mon prix. »

Fou de rage, Alexandre se précipita vers Clara. « Tu as trafiqué les chiffres ! C’est toi qui as volé mon projet pour lui donner ! Avoue-le ! »

Clara ne répondit pas.

« Elle n’a rien à avouer, » intervint Jérôme, montrant des preuves vidéo de l’agression et du moment où Alexandre et Alice s’embrassaient, prouvant le conflit d’intérêts et la trahison.

Alice, paniquée, changea de stratégie. « C’est elle la voleuse ! Le projet régional, celui qui va signer 150 millions d’euros ? C’est le sien ! Elle l’a mis dans la poubelle avant de partir ! C’est un piège ! Elle voulait saboter la société ! »

Un silence se fit. Alexandre blêmit. Le projet que l’entreprise venait de signer était donc celui que Clara avait jugé trop risqué et jeté ?

Alexandre et Alice tentèrent de s’éclipser, mais Jérôme les arrêta. « Attendez. Il faut qu’on parle du projet ‘Viêtnam-Phòng’ que vous avez compté dans votre bilan. Celui que Clara a signé juste avant d’être virée. Vous l’avez compté comme le vôtre. C’est l’un de nos 20 millions. »

Chapitre 6 : Le Secret de Famille

Plus tard, Alexandre et Alice se glissèrent dans le salon privé réservé à M. Sylvain. Ils trouvèrent Clara et Jérôme attablés avec l’homme d’affaires, un homme grisonnant à l’allure impériale.

« Clara ! Vous l’avez déjà rencontré ! » s’exclama Alexandre, furieux. Il se tourna vers M. Sylvain. « Monsieur, je vous préviens, cette femme est une menteuse et une voleuse ! Elle a quitté ma société pour coucher avec ce… cet opportuniste, emportant nos meilleurs contrats ! »

Alice s’inclina. « Monsieur Sylvain, vous vous souvenez de moi ? Je suis Alice Leroux, la major de promotion que vous avez félicitée l’an dernier ! »

M. Sylvain, visiblement agacé par leur intrusion, haussa un sourcil en regardant Alice, puis Alexandre.

« Vraiment ? Vous avez cette histoire d’adultère et de vol bien huilée. »

Alexandre se sentit pousser des ailes. « Absolument ! Tout ce qu’elle dit est un mensonge ! »

Clara, les larmes aux yeux, se leva et ramassa un verre à vin qu’elle jeta sur le sol. Le bruit du verre brisé résonna.

« Ça suffit, Alexandre ! » cria-t-elle. « Arrête de mentir ! »

M. Sylvain, le visage fermé, fit un signe à son garde du corps.

« Mais, Monsieur Sylvain, vous ne pouvez pas la croire ! » s’écria Alexandre. « Elle veut que vous investissiez dans cette société de seconde zone ! »

« Il se trouve que je vais investir, » répondit M. Sylvain avec une froideur terrifiante.

Alexandre tenta une dernière carte. « Mais notre société est la meilleure ! Et Alice… vous êtes proches ! »

M. Sylvain regarda Alice, puis son assistant. « Alice Leroux… Ah, oui. L’étudiante que notre fondation a parrainée. » Il ricana. « C’est ça, la connexion ? »

Alice, sentant la panique, cria : « Elle est juste une salope intrigante ! Croyez-moi, elle n’est pas fiable ! »

Le visage de M. Sylvain devint d’une noirceur absolue. Le garde du corps gifla Alice d’une force brutale.

« Vous en avez assez dit, » tonna M. Sylvain, sa voix résonnant comme le tonnerre. « Une seule autre parole désobligeante envers ma fille, et je vous garantis que non seulement je retire toutes les subventions de votre entreprise, mais elle cessera d’exister. »

Alexandre, le corps pétrifié, balbutia : « Votre… votre fille ? Mais elle s’appelle Dubois ! »

« Je porte le nom de ma mère, » répondit Clara, les yeux secs et fermes.

Alexandre et Alice furent traînés hors du salon.

Chapitre 7 : Cendres et Renaissance

Le désastre prédit par Alice se réalisa. Le projet régional qu’Alexandre avait signé à la hâte, celui qu’il avait volé dans la poubelle de Clara, était un plan de distribution de réactifs médicaux non-réfrigérés, sous une chaleur écrasante. La cargaison, d’une valeur de 150 millions d’euros, fut entièrement perdue. L’amende de rupture de contrat atteignit 300 millions. Varin Consulting s’effondra, ruiné.

Alexandre, désormais sans le sou, sombra dans la folie. Il errait devant l’immeuble de Clara, implorant son pardon.

Un soir, en sortant du travail, Clara fut interceptée par Alexandre, ivre.

« Chérie, je t’en prie ! Je ne peux pas vivre sans toi ! Reviens ! On va se marier ! Je peux tout reconstruire ! » Il la serra fort.

« C’est toi qui m’as virée et qui as brisé nos fiançailles, Alexandre. Il n’y a plus rien entre nous, » dit-elle calmement, le repoussant.

Elle fit quelques pas quand elle sentit une douleur fulgurante à la tête. Elle s’évanouit.

Elle se réveilla attachée dans l’appartement qu’ils avaient partagé, envahi par une forte odeur d’essence. Alexandre tenait un briquet à la main, les yeux injectés de sang.

« Puisque je n’ai plus rien, tu vas mourir avec moi, Clara. Dans notre foyer ! »

Il jeta le briquet sur le tapis. Les flammes s’élevèrent instantanément. La fumée piqua les yeux de Clara.

« Alexandre ! Ne fais pas ça ! Je ne veux pas mourir ! »

Il était trop tard. Il s’effondra, trop ivre pour bouger. La fumée l’asphyxia.

Clara, impuissante, lutta contre ses liens jusqu’à ce que ses poumons cèdent. Elle sombra.

Elle se réveilla dans une chambre d’hôpital. À côté d’elle, Jérôme, le visage pâle, avait le bras bandé.

« Pourquoi… pourquoi tu n’as pas attendu les pompiers ? C’était le 15e étage ! » demanda Clara, les larmes coulant sur ses tempes.

Jérôme toussota, un sourire timide aux lèvres. « Ton père m’a dit que le futur gendre devait te protéger. Et il n’y avait pas le temps. J’ai sauté du balcon d’à côté. »

Quelques semaines plus tard, Alexandre Varin fut enterré. Jérôme se rendit à la cérémonie, uniquement pour glisser à Clara : « Je voulais le remercier de ne pas t’avoir épousée, pour que je puisse t’avoir. »

Clara et Jérôme officialisèrent leur relation. Ils devinrent le couple le plus puissant du secteur. Lors de la réunion pour arranger leurs fiançailles, le père de Clara, M. Sylvain, jeta un regard à son ex-femme, puis fit un clin d’œil à Jérôme.

« Parfaitement exécuté, fiston. Mission accomplie. »